DansJuste la fin du monde, la famille entiĂšre de Louis a arrĂȘtĂ© de vivre il y a douze ans, son dĂ©part a ouvert des plaies chez chacun qui resurgissent Ă  son retour. Vient ensuite le JeanLuc LAGARCE, Juste la fin du monde (1990). Parcours : Crise personnelle, crise familiale EXTRAIT 1. PremiĂšre partie, scĂšne 2. ANTOINE. – Cela va ĂȘtre de ma faute. Une si bonne journĂ©e. LA MÈRE. – Elle parlait de Louis‚ Catherine‚ tu parlais de Louis‚ le gamin. Laisse-le‚ tu sais comment il est. CATHERINE. – Oui. Pardon Largument de la piĂšce est trĂšs simple : Louis a 34 ans, il rend visite Ă  sa famille (qu'il a quittĂ©e depuis plusieurs annĂ©es) pour annoncer sa mort prochaine. - PrĂ©sentation du texte : Cet extrait de la piĂšce de théùtre Juste la fin du monde est un marrede la dictature sanitaire; airbag spark 2 problĂšme; thenie per djalin; dĂ©montage structure mĂ©tallique; julie bertin benoĂźt paire; prendre rendez vous toilettage jardiland bonneuil juste la fin du monde antoine analyse Danscet extrait de Juste la in du monde, le thĂšme de CaĂŻn et Abel est trĂšs prĂ©sent : À ce moment-lĂ  de la piĂšce, Louis n’a toujours rien rĂ©vĂ©lĂ© Ă  ses proches et envisage son Diriezvous que la piĂšce de Jean-Luc Lagarce Juste la fin du monde est un drame intime? Dans la premiĂšre strophe Antoine veut faire mal Annonce du plan - La tirade est Justela fin du Monde & ses oeuvres complĂ©mentaires COMMENTAIRES LINÉAIRES Def : Soliloque : discours d'une personne qui se parle Ă  elle-mĂȘme ou qui pense tout haut Juste la fin du Monde_analyse du prologue, LECTURE_PAGES 22 À 23 Jean Luc Lagarce est l'un des dramaturges contemporains les plus jouĂ©s en France. À la fois comĂ©dien, metteur en scĂšne, ICH8v. AprĂšs douze ans de sĂ©paration, un Ă©crivain revient dans sa famille pour annoncer qu’il est atteint du sida et va mourir. Xavier Dolan rĂ©ussit une adaptation poignante de Jean-Luc Lagarce. En prenant pour matĂ©riau la piĂšce Ă©ponyme de Jean-Luc Lagarce, Xavier Dolan s’essaie pour la deuxiĂšme fois Ă  l’adaptation théùtrale. La premiĂšre, c’était Tom Ă  la ferme, d’aprĂšs la piĂšce de Michel Marc Bouchard. Les deux Ɠuvres comportent beaucoup d’échos deux portraits de famille anxiogĂšnes ; un contexte provincial, voire rural ; et l’introduction d’un corps inadaptĂ©, plongĂ© dans ce bouillon toxique au risque de sa dissolution. Dans l’un comme dans l’autre, c’est l’homosexualitĂ© qui vient frapper Ă  la porte tel un invitĂ© dĂ©rangeant. Histoires de familles Certes le statut de Tom interprĂ©tĂ© par Xavier Dolan dans Tom a la ferme et celui de Louis diffĂšrent sur un point fondamental le premier Ă©tait le petit ami du fils de famille mort ; le second est le fils qui a choisi de rompre les attaches, est parti Ă  la capitale faire sa vie en l’occurrence devenir un auteur reconnu et cĂ©lĂšbre sans revenir voir les siens pendant douze ans. Mais Louis est Ă  peine moins Ă©tranger Ă  sa famille que Tom Ă  celle de son petit ami. Et si le fils ici n’est pas dĂ©jĂ  mort, il est quand mĂȘme lĂ  pour apporter une funeste nouvelle, celle de son sursis. Ce sont donc des histoires de familles qui aimantent le cinĂ©ma de Xavier Dolan vers le théùtre. Mais cette aimantation se double, tout particuliĂšrement dans Juste la fin du monde, du dĂ©sir de filmer la famille comme un petit théùtre. Voire comme du mauvais théùtre. Une scĂšne, rĂ©gie par sa somme de conventions, oĂč chaque acteur se doit de tenir un rĂŽle, endosser un costume, dire un texte non dĂ©nuĂ© de faussetĂ©. Le vernis Ă  ongles n’est pas encore sec et la mĂšre rate l’entrĂ©e en scĂšne du fils Louis, le revenant au sens le plus littĂ©ral du terme, fait son entrĂ©e de façon inopinĂ©e, arrive en taxi sans avoir prĂ©cisĂ© l’heure, et c’est toute la mise en scĂšne de la mĂšre qui s’en trouve bousculĂ©e. Le vernis Ă  ongles n’est pas encore sec et elle rate l’entrĂ©e en scĂšne du principal intervenant, crie ses premiĂšres rĂ©pliques depuis les coulisses d’une autre piĂšce. Le film fait alterner des espaces scĂ©niques centraux, oĂč tous les comĂ©diens se rassemblent le salon Ă  l’heure de l’apĂ©ro, la table en terrasse Ă  celle du dĂ©jeuner, la salle Ă  manger en fin d’aprĂšs-midi ; et des travĂ©es, oĂč les personnages s’isolent Ă  deux, coulisses Ă  dĂ©couvert propres aux confidences et Ă  l’expression de soi la chambre de la petite sƓur, la cuisine avec la mĂšre, la voiture avec le grand frĂšre. Usages du close-up Sur les scĂšnes centrales, la comĂ©die de la rĂ©conciliation fait toujours long feu et le groupe invariablement se disloque dans des Ă©clats de voix on rĂ©siste Ă  se rassembler, on se lĂšve violemment de table, on sort de la voiture en claquant la porte et en laissant l’autre Ă  l’intĂ©rieur. L’espace scĂ©nique est intenable Ă  plusieurs, personne ne veut jouer la mĂȘme piĂšce. Dans les coulisses en revanche, de l’intime se libĂšre, mais une parole rĂ©siste, reste toujours empĂȘchĂ©e, celle pour laquelle le fils est revenu et qu’il ne pourra jamais libĂ©rer. Cette impossibilitĂ© du groupe Ă  tenir ensemble – inscrite dans le texte –, Xavier Dolan la double d’un dĂ©coupage qui fragmente systĂ©matiquement la cellule familiale. Presque toujours les cadres isolent les protagonistes, scindent les espaces, disjoignent ceux qui parlent de ceux qui Ă©coutent. C’est le pari d’une mise en scĂšne qui privilĂ©gie quasi exclusivement le gros plan. Les visages, surfaces sensibles tremblantes, semblent extirpĂ©s du dĂ©cor. Chaque close-up est une bulle oĂč le film pourrait ĂȘtre avalĂ© en entier par le monde intĂ©rieur de chacun de ses personnages. Et mĂȘme lorsque parfois deux acteurs occupent Ă  Ă©galitĂ© un cadre, le point se fait alternativement sur l’un et sur l’autre et atomise leur coprĂ©sence. Une prĂ©sence toujours incomplĂšte Toujours seuls parmi les autres. Louis particuliĂšrement, lorsqu’un des membres de sa famille lui parle, est le plus souvent en amorce, Ă©paule Ă  contre-jour bord cadre face Ă  sa sƓur, silhouette de dos Ă  l’extrĂ©mitĂ© des plans. L’amorce, c’est ce qui le dĂ©finit absolument. Une amorce de retour vite Ă©courtĂ©, une amorce de confession qui n’ira pas Ă  son terme, une prĂ©sence toujours incomplĂšte. Sa mĂšre “Tes deux ou trois mots, ton petit sourire, ça va pas suffire. Ils vont ĂȘtre déçus.” Quelle force souterraine et irrĂ©pressible isole irrĂ©mĂ©diablement Louis de cet arĂ©opage parmi lequel il a grandi ? Les principaux intĂ©ressĂ©s se le demandent. La mĂšre “Il n’y a pas eu de drame pour qu’il nous Ă©vite comme ça !” SĂ»rement l’homosexualitĂ© mais les mentions furtives de cette diffĂ©rence sexuelle par les membres de la famille sont pourtant loin d’ĂȘtre hostiles. Aujourd’hui la maladie, fardeau impartageable. Et par-dessus tout la rĂ©ussite professionnelle, le dĂ©placement gĂ©ographique et de classe. Le portrait, d’une justesse coupante, d’un transfuge social Juste la fin du monde fait le portrait d’une justesse coupante d’un transfuge social, la solitude affĂ©rente, le sentiment de honte qu’induit de façon plus forte que toutes les autres cette diffĂ©rence-lĂ . Gaspard Ulliel oppose Ă  l’overacting de ses partenaires registre explosif oĂč Nathalie Baye et LĂ©a Seydoux s’illustrent avec beaucoup de relief une douleur rentrĂ©e, un sourire triste, un ĂȘtre-au-monde empĂȘchĂ© absolument bouleversants. En retrait comme un narrateur proustien, fragilisĂ© comme un Swann en fin de vie Swann Ă©tait le pseudo qu’utilisait Saint Laurent dans ses fugues solitaires Ă  l’hĂŽtel et de fait Ulliel paraĂźt Ă  jamais transfigurĂ© par sa prestation chez Bonello, il rĂ©duit son jeu Ă  une pure instance perceptive, Ă  la fois Ă©loignĂ© et atteint, impuissant Ă  produire autre chose que du reproche involontaire. L’expulsion finale, filmĂ©e avec une intensitĂ© suraiguĂ« comme une Ă©vacuation dĂ©chaĂźnĂ©e, une exfiltration opĂ©rĂ©e manu militari Ă  des fins sanitaires, est d’une puissance inouĂŻe, qui laisse le spectateur aussi pantelant que le personnage. Moins ornementĂ© que d’autres, comprimĂ© jusqu’à l’asphyxie, Juste la fin du monde est le film le plus rĂȘche de Xavier Dolan. Mais pas un des moins fulgurants. Juste la fin du monde Can., Fr., 2016, 1 h 37 Critiques ï»żJuste la fin du monde analyse des personnages. La piĂšce de Jean-Luc Lagarce propose des personnages particuliĂšrement intĂ©ressants Ă  analyser. De plus, ceux-ci permettent de nous interroger sur le thĂšme du parcours associĂ© crise individuelle, crise familiale ». D’abord, il est le personnage aĂźnĂ©. D’ailleurs, il porte le mĂȘme prĂ©nom que son pĂšre avant lui et que le premier nĂ© des enfants d’Antoine. Il revĂȘt ainsi un rĂŽle dĂ©terminant dans la famille, il semble ĂȘtre celui qui sera Ă  la tĂȘte de la cet aĂźnĂ© a quittĂ© la maison familiale, pour une raison qui est tue, il y a plus de dix ans. Son retour, Ă  l’instar de celui du fils prodigue, suscite les passions au sein de la plus, dĂšs le prologue, Louis apparaĂźt comme un personnage tragique. Sa dĂ©cision de retourner voir sa famille tĂ©moigne pourtant d’une volontĂ© de rĂ©sister, de maĂźtriser au moins l’annonce de sa fin Louis est un personnage mutique. Il Ă©coute sans intervenir et semble rester extĂ©rieur aux remarques des autres membres de la famille. Par exemple, lorsque Suzanne fait son monologue. explication linĂ©aire du monologue de Suzanne Il Ă©coute sans rĂ©agir aux propos de sa outre, il est Ă©crivain, il a donc une figure d’intellectuel. D’ailleurs, il cherche le mot juste voir l’usage de lĂ©panorthose. Il apparaĂźt donc comme opposĂ© Ă  son frĂšre Antoine. Effectivement Antoine travaille dans une usine. Il incarne donc le manuel. D’ailleurs, sa femme et lui habitent, selon les propos de Suzanne, un petit pavillon trĂšs il est trĂšs en colĂšre. D’une part, il semble avoir souffert du dĂ©part de son frĂšre et d’autre part, il semble souffrir de leur grande Ă  Louis qui parle peu mais avec aisance, Antoine est maladroit et parfois mĂȘme grossier. Par certains aspects, il apparaĂźt comme le miroir de Suzanne. Leur langage trahit leur bouillonnement intĂ©rieur quand Louis apparaĂźt placide. D’abord, elle est beaucoup plus jeune que ses frĂšres. Elle n’a donc pas un souvenir prĂ©cis des moments partagĂ©s avec Louis. Elle n’était alors qu’une elle semble enthousiaste Ă  l’idĂ©e de retrouver ce frĂšre aĂźnĂ© dont on imagine qu’il a suscitĂ© beaucoup de conversations familiales pendant cette dĂ©cennie d’ elle va trĂšs rapidement se trouver submergĂ©e par son Ă©motion. L’enthousiasme laisse place aux reproches. voir le monologueComme son frĂšre et sa mĂšre, elle incarne une classe sociale laborieuse mais peu fortunĂ©e. Louis, Ă  l’inverse semble ĂȘtre sorti de ce milieu et avoir atteint une sphĂšre plus aisĂ©e. Ainsi, elle n’a pas de voiture Ă  elle, elle la partage avec sa mĂšre, de mĂȘme qu’elle n’a pas de domicile Ă  elle, elle a conservĂ© sa chambre dans la maison familiale. 4. LA MERE D’abord, il faut noter que la mĂšre est le seul personnage Ă  n’avoir pas de prĂ©nom. Elle semble incarner le symbole de toutes les mĂšres plutĂŽt qu’une mĂšre Ă  l’instar du pĂšre dans la parabole du fils prodigue, elle est heureuse de retrouver son fils. Mais, comme Suzanne, son enthousiasme se transforme en reproches. Elle peine Ă  montrer clairement son amour et sa joie Ă  son plus, elle s’interpose entre ses enfants pour maintenir le calme lorsque les tensions s’ elle incarne une mĂ©moire du passĂ© familial. Elle rappelle les moments heureux du passĂ©, vĂ©cus avec le pĂšre. Ainsi, les dimanches sont Ă©voquĂ©s avec nostalgie. MalgrĂ© le manque d’argent qui ne permettait pas de partir en vacances, elle est nostalgique de ces moments oĂč tous Ă©taient rĂ©unis. 5. CATHERINE C’est un personnage singulier et intĂ©ressant. Elle ne partage pas le mĂȘme sang puisqu’elle est l’épouse d’Antoine. Elle n’a pas connu Louis avant son elle se montre sympathique et s’efforce d’aider Louis Ă  rattraper le temps passĂ©. Elle lui parle de leur mariage auquel il n’a pas assistĂ©, Ă  la naissance des enfants qu’il n’a pas apparaĂźt un peu comme une intermĂ©diaire entre les deux frĂšres mais elle se refuse Ă  prendre la parole en lieu et place d’Antoine lorsque Louis l’interroge. CONCLUSION JUSTE LA FIN DU MONDE ANALYSE Nous espĂ©rons que cette fiche JUSTE LA FIN DU MONDE ANALYSE » a pu ĂȘtre utile. N’hĂ©site pas Ă  poster tes commentaires ou questions dans les commentaires ci-dessous. –Biographie de Jean-Luc Lagarce –Dissertation Juste la fin du monde -Explication linĂ©aire du prologue de Juste la fin du monde –Explication linĂ©aire du monologue de Suzanne –Explication linĂ©aire de l’épilogue Navigation des articles Pour s'amĂ©liorer en français 1Écrite Ă  Berlin dans le cadre d’une bourse d’écriture de la villa MĂ©dicis hors les murs, Juste la fin du monde, semble ĂȘtre le fruit d’un travail acharnĂ© et difficile, ainsi qu’on peut le lire dans le Journal, par exemple le 26 mai 1990 1 Journal, 1977-1990, tome i, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2007, p. 543. Nous soulignons. J’ai un peu avancĂ© sur Quelques Ă©claircies que je songe Ă  rebaptiser Juste Ă  la fin du monde. [
] Et puis, je bute Ă  nouveau, je pense qu’il y a lĂ  quelque chose d’important, tout prĂšs que je n’arrive pas Ă  atteindre. C’est la premiĂšre fois que je prends les choses avec autant de clairvoyance ceci dit. Ce n’est pas bien, je recommence, je recommence. AppliquĂ©. Trop ?1 2 Ces brouillons, conservĂ©s Ă  l’imec, numĂ©risĂ©s Ă  la mshe Claude Nicolas Ledoux, sont consultables s ... 2De ce travail fait de recommencements, de réécritures, d’essais et d’impasses, on pourrait s’attendre Ă  ce qu’il nous reste de nombreuses traces. Mais, paradoxalement, ces brouillons, ceux en tout cas qui sont parvenus jusqu’à nous, sont assez peu nombreux, ou se rĂ©vĂšlent lacunaires2. 3 Dans la section Brouillons et versions du texte » que nous reproduisons ici, on trouve Ă©galement ... 3Ainsi, sur le site d’archives numĂ©riques fanum, on trouve diffĂ©rents brouillons, classĂ©s essentiellement selon trois moments d’écriture distincts. Au sein de ceux-ci, on distingue principalement trois tapuscrits paginĂ©s – trois versions » – qui sont des Ă©bauches de la piĂšce dans son ensemble. Ces trois versions sont le plus souvent accompagnĂ©es de brouillons de scĂšnes qui appartiennent ou semblent appartenir au mĂȘme moment d’écriture que la version du texte qu’ils accompagnent. Nous reproduisons ci-dessous l’arborescence visible sur le site3 4 Nous soulignons, en italiques, les trois tapuscrits paginĂ©s qui constituent les trois versions d’e ... Brouillons et versions du texte‱ PremiĂšre version-PremiĂšre version‱ Seconde version-PremiĂšre version des p. 24 et 25-PremiĂšre version des p. 30-32-Seconde version des p. 30-32-Plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde-Version d’ensemble non achevĂ©e-Nouvelle esquisse pour la scĂšne 18‱ TroisiĂšme version-PremiĂšre version de la p. 43-PremiĂšre version des p. 46-48-Version dĂ©finitive et complĂšte de l’Ɠuvre4 4La premiĂšre version du texte, qui compte vingt-trois pages, est inachevĂ©e, mais est assez proche de ce que sera la structure finale de la premiĂšre partie de la piĂšce publiĂ©e. 5La deuxiĂšme version comporte 34 pages et est inachevĂ©e elle aussi. Elle est accompagnĂ©e de brouillons de scĂšnes appartenant Ă  ce deuxiĂšme moment d’écriture mais antĂ©rieures Ă  la version de 34 pages une premiĂšre version de la scĂšne onze qui prendra place aux pages 24 et 25 du tapuscrit, et deux versions des pages 30 Ă  32, concernant les scĂšnes 13 Ă  15, qui seront modifiĂ©es et amplifiĂ©es aux pages 30 Ă  34 dans le tapuscrit pour donner les scĂšnes 13 Ă  18 de l’intermĂšde. AprĂšs ces trois premiers brouillons se trouve un plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde – la deuxiĂšme partie et l’épilogue sont absents de ce plan. Enfin, un dernier brouillon accompagne le tapuscrit de 34 pages il s’agit d’une autre page 34, sur laquelle figure une autre scĂšne 18. Cette page 34 apparaĂźt comme une sorte d’alternative, un autre choix d’écriture possible, sans que nous puissions dĂ©terminer lequel Ă  ce moment-lĂ  avait la prĂ©fĂ©rence de l’auteur. 6La troisiĂšme version, enfin, est achevĂ©e et est quasiment identique Ă  la version publiĂ©e seule la numĂ©rotation des scĂšnes, qui sera modifiĂ©e par l’éditeur, et quelques corrections de langue, diffĂšrent. Cette troisiĂšme version est accompagnĂ©e par deux brouillons de scĂšnes une page numĂ©rotĂ©e 43 qui est une esquisse de la future scĂšne 19 de l’intermĂšde et les pages numĂ©rotĂ©es 46 Ă  48, qui constituent, elles, un premier Ă©tat de la scĂšne 23 de la deuxiĂšme partie. 7Dans l’ensemble de ces brouillons, l’intermĂšde occupe une place singuliĂšre en effet, cinq des brouillons isolĂ©s qui accompagnent les trois versions de la piĂšce concernent cette sĂ©quence. Ainsi, les deux versions des pages 30 Ă  32 sont des brouillons des scĂšnes 13 Ă  15 de l’intermĂšde ; l’esquisse pour la scĂšne 18 propose une alternative Ă  la scĂšne 18 de l’intermĂšde prĂ©sente dans la deuxiĂšme version ; la page 43, accompagnant la troisiĂšme version, prĂ©sente un brouillon de la scĂšne 19 de l’intermĂšde ; enfin, le plan paginĂ©, accompagnant la deuxiĂšme version, mentionne pour la premiĂšre fois l’intermĂšde. Sur les cinq sĂ©quences qui structureront au final Juste la fin du monde, l’intermĂšde est celle dont nous disposons dans les archives du plus grand nombre de versions des scĂšnes qui la composeront. 5 On ne retrouve pas dans les archives, par exemple, un document Ă©voquĂ© par Jean-Pierre Thibaudat Ă  ... 8Il est certain, au vu des incessants recommencements dont Jean-Luc Lagarce parle dans son Journal, qu’un grand nombre de brouillons de la piĂšce ont Ă©tĂ© dĂ©truits, sans doute par l’auteur lui-mĂȘme. Il est possible Ă©galement que des brouillons aient Ă©tĂ© Ă©garĂ©s aprĂšs la mort de l’auteur5. NĂ©anmoins, quand bien mĂȘme cette forte prĂ©sence de brouillons concernant l’intermĂšde ne serait due qu’aux hasards de la transmission, d’autres Ă©lĂ©ments semblent indiquer que l’intermĂšde a malgrĂ© tout occupĂ© une place singuliĂšre dans le processus d’écriture de Juste la fin du monde. 9En effet, nous le disions plus haut, les deux premiĂšres versions de la piĂšce sont inachevĂ©es mais toutes les deux s’arrĂȘtent au niveau des scĂšnes de l’intermĂšde. En outre, on peut remarquer que, de version Ă  version, l’intermĂšde est la partie qui connait le plus de modifications en termes d’ajout, de suppression ou de dĂ©placement de scĂšnes. Il pourrait donc sembler, Ă  premiĂšre vue, que les scĂšnes de l’intermĂšde aient pu constituer un moment de blocage, un point nodal en tout cas, dans le processus d’écriture. 10Le prĂ©sent article s’attachera donc Ă  suivre le fil des diffĂ©rentes versions des scĂšnes de l’intermĂšde, afin de comprendre si la place singuliĂšre qu’elles occupent dans les brouillons indique que cette sĂ©quence a constituĂ© un moment charniĂšre dans le processus d’écriture de la piĂšce. DĂšs lors, le cheminement d’écriture que notre analyse dĂ©gagera permettra peut-ĂȘtre de nous Ă©clairer sur le processus global de l’écriture du Juste la fin du monde. Les diffĂ©rents Ă©tats de l’intermĂšde 11Avant de relever et d’analyser les modifications entre les diffĂ©rentes versions des scĂšnes de l’intermĂšde, nous proposons de distinguer quatre Ă©tats diffĂ©rents de ces scĂšnes, afin, notamment, de rendre plus lisible la prĂ©sente Ă©tude voir aussi le tableau reproduit p. 50. L’état 1 12Le premier Ă©tat des scĂšnes de l’intermĂšde correspond aux pages 19 Ă  23 de la premiĂšre version du texte. Ces pages comportent quatre scĂšnes, numĂ©rotĂ©es Ă  la main de 12 Ă  15. Cette premiĂšre version ne comporte pas encore de structure en cinq parties et les quatre scĂšnes des pages 19 Ă  23 n’apparaissent donc pas comme une sĂ©quence sĂ©parĂ©e des scĂšnes qui les prĂ©cĂšdent. Notons que cet Ă©tat 1 est particuliĂšrement dense en termes d’annotations et de corrections manuscrites. L’état 2A 13Nous proposons de rĂ©unir sous le nom d’état 2A les deux premiĂšres versions des pages 30 Ă  32. Ces pages prĂ©sentent deux fois les mĂȘmes scĂšnes et connaissent entre elles peu de variations. Cet Ă©tat semble constituer un point intermĂ©diaire important entre l’état de l’intermĂšde dans la premiĂšre version et son Ă©tat dans la deuxiĂšme version. Par rapport Ă  l’état 1, le nombre de scĂšnes a Ă©tĂ© rĂ©duit de quatre Ă  trois, et leur numĂ©rotation dĂ©bute dĂ©sormais Ă  13. Le plan paginĂ© du prologue, de la premiĂšre partie et de l’intermĂšde reproduit cette version de l’intermĂšde et leur pagination. L’état 2B 14L’état 2B correspond aux pages 30 Ă  34 de la deuxiĂšme version de Juste la fin du monde. Il reprend et amplifie l’état 2A, et comporte dĂ©sormais six scĂšnes, numĂ©rotĂ©es de 13 Ă  18, soit le double du nombre de scĂšnes prĂ©sentes dans l’état 2A. On peut noter la prĂ©sence de deux pages 34. Sur la premiĂšre est Ă©crite une scĂšne 18 s’intĂ©grant Ă  la suite des autres scĂšnes de l’intermĂšde, tandis que la seconde prĂ©sente elle aussi une scĂšne dix-huit, mais prĂ©cĂ©dĂ©e de la mention deuxiĂšme partie ». La prĂ©sence de ces deux pages 34 semble indiquer une forme d’indĂ©cision, d’hĂ©sitation, en tout cas de recherche, sur les derniĂšres scĂšnes de l’intermĂšde et le dĂ©but de la seconde partie. L’état 3 15Enfin, le quatriĂšme et dernier Ă©tat de l’intermĂšde se trouve aux pages 39 Ă  44 de la troisiĂšme version de la piĂšce. Il comporte neuf scĂšnes, donc trois de plus que l’état 2B. Nous choisissons, pour plus de clartĂ©, d’intĂ©grer dans cet Ă©tat 3 la page isolĂ©e numĂ©rotĂ©e 43, esquisse de la scĂšne 19, et se rattachant Ă  la troisiĂšme version quoiqu’antĂ©rieure Ă  elle. Cet Ă©tat 3 est quasiment identique Ă  la version finale. Un changement net d’orientation au cours de l’écriture Des corrections initiales qui visent Ă  crĂ©er de la continuitĂ© 16L’état 1 de l’intermĂšde prĂ©sente un premier rĂ©gime de modifications il s’agit des notes manuscrites qui corrigent, dĂ©veloppent, ou suppriment certains passages du tapuscrit. Quatre rĂ©pliques sont ainsi ajoutĂ©es Ă  la main au dĂ©but de la scĂšne 12 qui ouvre l’état 1 de l’intermĂšde Fig. 1. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Louis Les revoilĂ  !Suzanne Nous Suzanne s’est excusĂ©[e].Suzanne Je ne me suis rien excusĂ©[e] du lui qui a reconnu ses torts. Catherine Ils sont MĂšre Ils sont Ă©nervĂ©s, mais les autres jours, Ă  l’ordinaire », ils ne sont pas comme ça. 6 Ce que l’on peut en tout cas supposer en suivant les didascalies internes du texte, par exemple ce ... 17L’ajout de ces quatre rĂ©pliques permet de justifier le retour d’Antoine et de Suzanne parmi le groupe dĂ©jĂ  prĂ©sent sur scĂšne. Ces deux personnages, dans les scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, s’étaient Ă©nervĂ©s et Ă©taient sortis de l’espace de jeu6. Leur retour s’explique ici par une discussion qu’ils semblent avoir eue hors-scĂšne pour se calmer, et la scĂšne 12 s’inscrit donc dans la continuitĂ© des scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, clarifiant les entrĂ©es et sorties des personnages. L’ajout de ces quatre rĂ©pliques permet aussi de donner la parole Ă  Louis, et donc d’acter la prĂ©sence de tous les personnages dans cette scĂšne, ce qui sera Ă©galement le cas dans la scĂšne suivante. Ce premier ajout manuscrit semble donc chercher Ă  rĂ©unir Ă  nouveau les personnages dans le mĂȘme espace de jeu et Ă  clarifier les enchaĂźnements des scĂšnes et les motivations des personnages. 18À l’instar d’autres corrections observables dans la premiĂšre version, les corrections manuscrites cherchent Ă©galement Ă  Ă©toffer les dialogues. Notons par exemple l’ajout – et la prĂ©vision d’ajout ici signifiĂ© par le etc » – des rĂ©pliques suivantes dans la scĂšne 13 Fig. 2. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC La MĂšre Je ne sais pas, il fait comme il l’entend. Louis Je ne resterai pas la nuit, je dois ĂȘtre chez moi demain, en fin de matinĂ©e, ce serait bien, et je pensais, j’avais prĂ©vu, ce que je crois, j’avais prĂ©vu de repartir ce soir. A[ntoine] ! Est-ce que je ne l’avais pas dit ?S[uzanne] Tu n’avais rien dit ? Etc Antoine Je le conduirai Ă  la gare. 19La correction a pour effet, Ă  la lecture, de retarder la proposition d’Antoine de raccompagner son frĂšre Ă  la gare, et donc de rendre l’enchainement des rĂ©pliques moins abrupt. Ce dĂ©lai dans la proposition d’Antoine de raccompagner son frĂšre Ă  la gare a pour effet, Ă©galement, de donner une Ă©paisseur diffĂ©rente au personnage, le rendant moins brutal dans sa prise de parole. L’ajout de ces rĂ©pliques vient sans doute Ă©galement rendre plus vraisemblable la dĂ©cision de Louis de repartir le soir mĂȘme, en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  une dĂ©cision prise Ă  l’avance, qu’il a dĂ©jĂ  peut-ĂȘtre Ă©noncĂ©e Ă  sa famille, ou Ă  certains d’entre eux, par exemple Suzanne. Les corrections manuscrites prĂ©sentes sur l’état 1 de l’intermĂšde semblent donc aller dans une direction commune, visant Ă  clarifier les relations entre les personnages, Ă  les rendre aussi, d’un point de vue psychologique, plus vraisemblables, et Ă  inscrire les scĂšnes dans une forme de continuitĂ© les unes par rapport aux autres. 20NĂ©anmoins, peu avant la fin du tapuscrit, une note manuscrite, situĂ©e entre les scĂšnes 14 et 15, montre un moment oĂč l’enchaĂźnement des scĂšnes semble se rĂ©vĂ©ler moins limpide Fig. 3. Extrait de la premiĂšre version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Louis / Antoine. Buffet de la que fait Le PĂšre. 21Lagarce note, entre l’avant derniĂšre et la derniĂšre scĂšne du tapuscrit, cette sĂ©rie de possibilitĂ©s, comme des variantes de structure, troublant la continuitĂ© des scĂšnes telle qu’elle s’établissait jusque-lĂ . Une réécriture sous forme de rupture 7 Suite Ă  la division de la scĂšne 7 en deux scĂšnes distinctes, 7 et 8, tous les numĂ©ros de scĂšne son ... 22L’état 2A comporte trois scĂšnes, numĂ©rotĂ©es donc 13 Ă  157, mais seulement deux de ces scĂšnes sont reprises de l’état prĂ©cĂ©dent. 23La scĂšne 13, si elle constitue une réécriture de la scĂšne 12 de l’état 1, en est surtout une complĂšte reconfiguration. Du point de vue des personnages, la MĂšre, Catherine et Louis disparaissent et il ne reste qu’Antoine et Suzanne. La réécriture semble alors nous faire changer de point de vue et d’espace alors que dans l’état 1 c’était ces deux personnages qui revenaient sur scĂšne, dans l’état 2 c’est comme si c’était notre regard qui allait les dĂ©couvrir lĂ  oĂč ils se sont enfuis. Le sujet de conversation entre eux est toujours la dispute, mais Suzanne Ă©voque d’abord celle qui vient d’éclater entre Louis et Antoine dans la scĂšne prĂ©cĂ©dente, avant que la conversation ne semble plus concerner qu’Antoine et Suzanne, au fil d’un glissement sur l’ambiguĂŻtĂ© du renvoi du pronom nous ». 8 Ces voix sont des ajouts de la deuxiĂšme version des p. 30 Ă  32. 24La scĂšne 14 est elle aussi resserrĂ©e sur les seuls personnages d’Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis, qui Ă©tait prĂ©sent dans la version prĂ©cĂ©dente. Il est intĂ©ressant de noter que le dĂ©but de la scĂšne adopte dans cette version une Ă©criture plus chorale que dialogique, ce qui a pour effet d’accentuer la proximitĂ© entre les deux personnages dans cet Ă©tat de l’intermĂšde. Les personnages de Catherine et de la MĂšre n’apparaissent dans cette scĂšne que sous la forme de voix » qui appellent Antoine et Louis8. Elles semblent ĂȘtre situĂ©es dans d’autres espaces distants de Suzanne et Antoine. Ces voix introduisent Ă©galement la notion de perte dans l’espace qui se fait jour avec l’ajout d’une nouvelle scĂšne 15, mettant en jeu les trois autres personnages, et notamment Catherine, qui exprime ce sentiment de perte 9 Premier Ă©tat de la p. 32. Voir Catherine OĂč est ce qu’ils sont ? Je n’entend[s] plus Qui ?Catherine Les autres, je n’entends plus personne, vous vous disputiez, je ne me trompe pas, on entendait Antoine s’énerver, c’est maintenant comme s’il n’y avait plus personne et que nous soyons perdus, Ă©garĂ©s, je ne sais pas9. 25Deux scĂšnes qui figuraient dans l’état 1 sont donc supprimĂ©es, en particulier la prĂ©cĂ©dente scĂšne 15 dans laquelle la MĂšre racontait les bagarres qui Ă©clataient dans leur jeunesse entre les deux frĂšres, bagarres qui se terminaient par de tendres rĂ©conciliations, dans les bras l’un de l’autre, excluant Suzanne de leur relation. La scĂšne Ă©tait trĂšs explicite sur la proximitĂ© enfantine des deux frĂšres et la tension Ă©rotique qui pouvait exister entre eux, et elle ne semble plus trouver sa place dans cet Ă©tat 2A qui a recentrĂ© l’attention sur la relation entre Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis. 26Le passage de l’état 1 Ă  l’état 2A marque donc une rĂ©orientation nette dans l’écriture des scĂšnes de l’intermĂšde. Alors que les premiĂšres corrections effectuĂ©es sur le texte tendaient Ă  lui assurer une forme de continuitĂ©, Ă  clarifier les enchaĂźnements entre les scĂšnes et les relations entre les personnages, l’état 2A assume au contraire une forme de rupture avec les scĂšnes prĂ©cĂ©dentes, comme si notre point de vue changeait, comme si notre regard se dĂ©plaçait, et accompagnait Antoine et Suzanne dans le lieu de leur fuite. Cette rupture se manifeste particuliĂšrement au niveau de l’espace, qui apparaĂźt dans l’état 2A profondĂ©ment Ă©clatĂ©, divisĂ© entre diffĂ©rents lieux d’oĂč les personnages ne semblent pouvoir ni se voir ni s’entendre. DeuxiĂšme rupture, la réécriture approfondit la relation entre Antoine et Suzanne, au dĂ©triment de Louis, qui disparaĂźt des scĂšnes oĂč il Ă©tait prĂ©cĂ©demment prĂ©sent. La réécriture rend plus implicite les rapports entre les personnages et, loin de chercher Ă  clarifier les situations, les rend parfois ambiguĂ«s, comme au dĂ©but de la scĂšne 13 oĂč l’on ne peut pas dire tout Ă  fait de qui parlent Antoine et Suzanne, ou par la suppression de la scĂšne 15 de l’état 1, sans doute trop explicite. Amplification de la rupture dans les Ă©tats suivants 27L’état 2B des scĂšnes de l’intermĂšde confirme et amplifie la rĂ©orientation de l’écriture observĂ©e dans l’état 2A. L’intermĂšde comporte cette fois six scĂšnes, numĂ©rotĂ©es 13 Ă  18. Les scĂšnes 16 et 18, toutes deux nouvelles, continuent d’approfondir la relation entre Suzanne et Antoine, notamment la scĂšne 16 qui, dans son mĂ©lange entre tendresse et duretĂ©, fait Ă©cho Ă  la scĂšne 15 de l’état 1, tandis que la scĂšne 17, montrant la mĂšre qui retrouve Louis aprĂšs l’avoir cherchĂ© longtemps, creuse cette idĂ©e de distance dans l’espace qui a vu le jour dans l’état 2A. Dans les scĂšnes 13 Ă  15, reprises de l’état prĂ©cĂ©dent, on peut relever une modification importante, qui s’intĂšgre complĂštement Ă  la rĂ©orientation de l’écriture telle que nous venons de l’observer les voix de Catherine et de la MĂšre, entendues dans la scĂšne 14, correspondent Ă  des paroles prononcĂ©es par ces mĂȘmes personnages dans la scĂšne 15. C’est pourquoi, sur le plan paginĂ©, on peut lire cette indication au niveau de l’intermĂšde Sc. 14, p. 31 Suzanne et AntoineVoix de la MĂšre et de Catherine scĂšne 15 28Si les voix de la MĂšre et de Catherine, entendues dans la scĂšne 14, sont dites dans la scĂšne 15, c’est donc que les deux scĂšnes, dans deux espaces diffĂ©rents, se passent pourtant en mĂȘme temps, mais que nous ne les voyons – ou lisons – que l’une aprĂšs l’autre. À l’éclatement de l’espace qui s’opĂ©rait dans l’état 2A s’ajoute donc dĂ©sormais la dilatation du temps dans cet Ă©tat 2B. Le travail de réécriture trouble les catĂ©gories de la perception et quitte un certain rĂ©alisme qui pouvait encore affleurer dans l’état 1. 29Cet Ă©tat 2B s’achĂšve sur deux scĂšnes 18, l’une appartenant Ă  l’intermĂšde, l’autre constituant la premiĂšre de la seconde partie de la piĂšce. Au-delĂ  de l’hĂ©sitation structurelle prĂ©sente ici, on notera que ces deux scĂšnes parlent de maniĂšre explicite de la solitude de Louis, solitude qui s’est creusĂ©e dans les scĂšnes de l’intermĂšde au fil des réécritures voir fig. 4 et 5. L’état 3 abandonnera cette rĂ©fĂ©rence directe Ă  la solitude de Louis, sans doute assez prĂ©sente dans l’intermĂšde de maniĂšre plus implicite. Fig. 4. Extrait de la seconde version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC Fig. 5. Correction pour la seconde version de Juste la fin du monde cote IMEC Voir Fonds Jean-Luc Lagarce/IMEC 30Enfin, l’état 3 est le plus proche de la version publiĂ©e. Une nouvelle fois, l’intermĂšde se trouve amplifiĂ©, puisqu’il comporte dans ce dernier Ă©tat neuf scĂšnes. Certaines scĂšnes sont dĂ©placĂ©es, la prĂ©cĂ©dente scĂšne 18 est supprimĂ©e, et quatre scĂšnes sont ajoutĂ©es dans cet Ă©tat. L’une d’elle, la scĂšne 18, est le rĂ©sultat de la division de la prĂ©cĂ©dente scĂšne 14 en deux scĂšnes. La scĂšne 19 est une scĂšne qui amplifie le motif de la perte dans la maison en montrant la MĂšre Ă  la recherche de Catherine et de Louis. 31Les deux autres scĂšnes qui sont ajoutĂ©es dans cet Ă©tat se placent au dĂ©but de l’intermĂšde et peuvent paraĂźtre Ă©tonnantes du point de vue de l’orientation de l’écriture depuis l’état 2A. Les scĂšnes 13 et 15 donnent en effet la parole principalement Ă  Louis. Mais la scĂšne 13 entre Louis et la MĂšre confirme, dĂšs le dĂ©but de l’intermĂšde, le renversement de perspective qui s’opĂšre Louis. C’est comme la nuit en pleine journĂ©e, on ne voit rien, j’entends juste les bruits, j’écoute, je suis perdu et je n’entends personne ». L’intermĂšde s’ouvre donc bien sous le signe de la perte, de l’inversion, de la perception troublĂ©e. Dans la scĂšne 15, ce dernier Ă©voque un rĂȘve qui ouvre l’espace par une vision labyrinthique et fantastique de la maison, le ramenant Ă  ses peurs d’enfance. L’onirisme qu’introduit cette rĂ©plique n’identifie pas, pour autant, l’intermĂšde Ă  un rĂȘve que ferait Louis ce qu’il raconte ne correspond pas Ă  ce qui se passe dans l’intermĂšde. Le rĂȘve de Louis est avant tout solitaire. Dans ces deux scĂšnes, Louis est d’ailleurs caractĂ©risĂ© par sa solitude car, bien que la MĂšre soit prĂ©sente, Louis ne l’entend pas, ou n’arrive pas Ă  communiquer avec elle. 32L’état 3 achĂšve donc l’orientation de l’écriture telle que nous l’avons observĂ©e au fil des réécritures. L’effort de clarification et de continuitĂ© a laissĂ© la place Ă  une Ă©criture en rupture, troublant la perception de l’espace et du temps, quittant un certain rĂ©alisme, rendant plus implicite et plus ambigus les rapports entre les personnages, et laissant apparaĂźtre la solitude et l’impuissance de Louis. Un geste d’écriture singulier 33Ainsi, au-delĂ  du fait qu’il se constitue en tant que sĂ©quence Ă  part entiĂšre, l’intermĂšde s’affirme, au fil des versions, comme rupture dans le sens oĂč il permet d’observer un geste d’écriture singulier de Jean Luc Lagarce. 10 Cela correspond Ă  un volontarisme dans l’écriture nĂ© notamment aprĂšs une longue discussion avec Lu ... 34Dans le reste des brouillons consultables, on peut en effet observer que le dramaturge privilĂ©gie en gĂ©nĂ©ral des corrections visant Ă  clarifier les rapports entre les personnages et Ă  dĂ©velopper la cohĂ©rence de la situation10. La réécriture des scĂšnes de l’intermĂšde fait apparaĂźtre un geste d’écriture diffĂ©rent l’écriture se fait moins explicite, et l’unitĂ© et la continuitĂ© qui pouvaient apparaĂźtre dans le reste de la piĂšce sont dĂ©finitivement minĂ©es dans l’intermĂšde par l’onirisme, l’éclatement spatial et la dilatation temporelle. 11 Dans son ouvrage Lagarce. Un théùtre entre prĂ©sence et absence, Classiques Garnier, collection É ... 35Il semble dĂšs lors que l’intermĂšde ouvre une brĂšche dans la piĂšce, laissant apparaĂźtre un espace intermĂ©diaire », pour reprendre les mots de Lydie Parisse11, espace mental peut-ĂȘtre, qui n’est pas forcĂ©ment celui d’une maĂźtrise, mais plutĂŽt, non sans rapport avec l’inconscient, un espace mental oĂč ce que l’on voit est ce qui nous Ă©chappe, ou, peut-ĂȘtre, ce qui Ă©chappe Ă  Louis. Le rĂ©alisme de la piĂšce se trouble, s’inquiĂšte, s’enfuit un instant dans les habits du rĂȘve, sans pour autant renverser sa signification et n’ĂȘtre plus qu’un rĂȘve. La piĂšce tente de tenir dans cet entre-deux, Ă©quilibre fragile entre une rĂ©alitĂ© et une ou des subjectivitĂ©s qui viennent la troubler de leurs fantasmes, dans une forme de suspens qui ne tranche pas sur la signification Ă  lui donner. 36On peut dĂšs lors faire l’hypothĂšse que quelque chose se joue sans doute dans cet obstacle que constitue l’écriture de l’intermĂšde, quelque chose qui irradie ensuite dans le reste de la piĂšce. Prenons ici comme seul exemple la modification de la didascalie initiale, qui est de ce point de vue trĂšs significatif. On lit dans la premiĂšre version de la piĂšce Cela se passe dans la maison de la mĂšre oĂč elle vit avec Suzanne ». La seconde version, aprĂšs donc le travail de réécriture de l’intermĂšde et la grande rĂ©orientation qui en est le rĂ©sultat, donne Cela se passe dans la maison de la mĂšre et de Suzanne, un dimanche, Ă©videmment, ou bien encore durant prĂšs d’une annĂ©e, aucune idĂ©e ». La premiĂšre didascalie est inquiĂ©tĂ©e par la seconde, qui ouvre cette indĂ©termination temporelle, cette dilatation possible du temps, qui place la piĂšce entre la scĂšne rĂ©aliste et la scĂšne mentale, et ce changement de perspective global a lieu aprĂšs la réécriture de l’intermĂšde. 12 Voir l’analyse de Denis GuĂ©noun Ă  propos du Pays Lointain, mais qui peut tout aussi bien s’appliqu ... 37Cette rĂ©orientation servira peut-ĂȘtre aussi de dĂ©clencheur pour l’écriture de la deuxiĂšme partie car ce qui se joue dans ce renversement de perspectives que l’on observe au fil des versions de l’intermĂšde, c’est peut-ĂȘtre avant tout le renversement des positions, l’isolement de Louis, la proximitĂ© entre Antoine et Suzanne, qui annonce, permet, libĂšre peut-ĂȘtre, la derniĂšre salve d’écriture oĂč Antoine prendra toute sa dimension12. L’espace et le temps se fragmentent, se dilatent, les relations se distendent, crĂ©ant paradoxalement un lieu oĂč Louis, l’homme des mots, n’est plus le maitre, lieu plus accueillant alors pour la parole de l’autre, la parole de celui qui ne sait pas parler et se dĂ©bat dans les catĂ©gories de celui qui sait parler et Ă©crire, Antoine. 13 Journal, 1977-1990, tome i, Les Solitaires intempestifs, 2007, p. 216. 38Il s’agit certes ici d’hypothĂšses. Ce dont on peut ĂȘtre certain, nĂ©anmoins, c’est que se fait jour, dans le processus d’écriture de l’intermĂšde tel que nous l’avons suivi, un geste d’écriture singulier chez Lagarce, Ă©loignant Juste la fin du monde du théùtre psychologique » auquel l’auteur rattachait, avec une pointe d’ironie sans doute, Derniers remords avant l’oubli13, l’éloignant aussi, peut-ĂȘtre, de l’horizon d’attente des lecteurs de Théùtre Ouvert, qui l’avaient convaincu d’adopter une Ă©criture visant Ă  rendre clair » et qui se retrouveront devant une Ă©criture qui, si elle n’est pas obscure, refuse de trancher et reste en suspens. Juste la fin du monde est une piĂšce de théùtre Ă©crite par Jean-Luc Lagarce Ă  Berlin en 1990, dans le cadre d'une bourse LĂ©onard de Vinci, alors qu'il se savait atteint du sida. Traduite et jouĂ©e en plusieurs langues[1],[2], cette piĂšce a Ă©tĂ© inscrite au programme des sessions 2008 Ă  2010 de l'Ă©preuve théùtre du baccalaurĂ©at et de la session 2012 des agrĂ©gations de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire[3], puis aux programmes des classes de premiĂšres gĂ©nĂ©rales et technologiques du baccalaurĂ©at de français pour les session 2021 et 2022. Le rĂ©alisateur de cinĂ©ma Xavier Dolan a adaptĂ© la piĂšce dans un film franco-canadien du mĂȘme nom sorti en 2016. RĂ©sumĂ© Louis rend visite Ă  sa famille pour la premiĂšre fois depuis des annĂ©es. Il retrouve sa mĂšre, sa sƓur Suzanne, son frĂšre Antoine et sa belle-sƓur Catherine. Il a l'intention de leur annoncer sa maladie et que sa mort prochaine est inĂ©luctable, mais son arrivĂ©e fait resurgir souvenirs et tensions familiales. Chacun exprime divers reproches et Louis repart sans avoir pu faire l'annonce de sa mort. Personnages Louis, personnage principal 34 ans Suzanne, sƓur cadette de Louis et d'Antoine 23 ans Antoine, frĂšre cadet de Louis 32 ans Catherine, femme d'Antoine 32 ans La mĂšre 61 ans ThĂšmes La piĂšce aborde la question de l'absence du fils et de son retour auprĂšs de sa famille. Dans ses premiĂšres Ɠuvres, Retour Ă  la citadelle et Les Orphelins, avant d’apprendre sa sĂ©ropositivitĂ©, Jean-Luc Lagarce s’était dĂ©jĂ  intĂ©ressĂ© au sujet du retour[4]. La piĂšce s'inspire non seulement de la parabole du Fils prodigue, mais aussi du mythe de CaĂŻn et d’Abel. Antoine s’offusque du retour de son frĂšre qu’il jalouse, il ne veut pas que Suzanne se rĂ©jouisse de sa visite. Selon Antoine, Louis ne mĂ©rite pas qu’on l’accueille avec joie ; il a failli Ă  ses responsabilitĂ©s et a menĂ© une existence qu’Antoine n’a jamais connue. Les rapports entre la mĂšre et Antoine sont difficiles, d’autant plus que Louis est le fils favori. La piĂšce est aussi liĂ©e Ă  l’OdyssĂ©e homĂ©rique. Les deux histoires narrent la quĂȘte, l’odyssĂ©e d’un protagoniste – Louis est Ulysse – qui poursuit un but se faire reconnaĂźtre des siens dans le cas de Louis, retrouver sa patrie dans le cas d’Ulysse. La piĂšce est Ă©galement dominĂ©e par les thĂšmes de la solitude, de la difficultĂ© de communication entre les membres de la famille. Enfin face Ă  la mort inĂ©luctable, le personnage cherche Ă  rassembler des Ă©lĂ©ments de sa vie et Ă  donner de la cohĂ©sion Ă  son existence. Le titre Le titre ressemble Ă  l’expression ce n’est pas la fin du monde » pour dire ce n’est pas grave ». Ce titre est Ă  double sens. L’adverbe juste » et l’ellipse attĂ©nuent de façon ironique la brutalitĂ© de l’action qu’introduit le titre. Il annonce que ce n’est rien de grave, c’est juste la fin du monde. Mais ce monde se rĂ©duit Ă  celui de Louis, Ă  sa vie menacĂ©e, et non Ă  celui de l’humanitĂ©. Il y a une forme d’ironie dans ce titre car Louis est soumis Ă  son destin, et ne peut pas de toute façon rĂ©sister Ă  sa ”fin du monde”. Mise en scĂšne L'absence de didascalies octroie au lecteur une grande libertĂ© d’interprĂ©tation. Les dialogues trahissent parfois une certaine mĂ©fiance Ă  l’égard du langage, mĂ©fiance qu’on retrouve chez beaucoup de dramaturges du XXe siĂšcle. Les dialogues sont construits par l'apposition de longs monologues, mettant ainsi l'accent sur l'importance du langage, de la communication et de la formulation de la pensĂ©e. Jean-Luc Lagarce s’abstient de dĂ©crire le dĂ©cor de la scĂšne, sauf pour dire que la maison d’enfance de Louis oĂč vivent dĂ©sormais Suzanne et la mĂšre – c’est-Ă -dire le lieu de l’intrigue – se trouve Ă  la campagne. Il y a lĂ  l’idĂ©e de la routine et d’un monde figĂ©, mais aussi l'idĂ©e d'un isolement. Ceci permet Ă©galement de mettre l'accent sur une opposition entre les espaces associĂ©s au personnage de Louis la grande ville, l'urbanitĂ© et l'espace d'Antoine petite maison de campagne. Structure de la piĂšce La piĂšce repose essentiellement sur des monologues, mĂȘme si ceux-ci sont entrecoupĂ©s de scĂšnes plus dialoguĂ©es. L'impossibilitĂ© de Louis Ă  dire son message empĂȘche l'action d'avancer et enferme les autres personnages dans un verbiage logorrhĂ©ique. Chacun parle, mais ne parvient pas rĂ©ellement Ă  communiquer avec la personne Ă  laquelle il s'adresse. La parole sert de fuite, et paradoxalement l'on pourrait mĂȘme dire que la parole empĂȘche de formuler. Elle est le masque du malaise qui existe entre les personnages. La piĂšce est structurĂ©e temporellement de maniĂšre relativement prĂ©cise dans la mesure oĂč elle suit l'arrivĂ©e de Louis, puis son dĂ©part de la maison. La piĂšce est encadrĂ©e par un prologue et un Ă©pilogue pris en charge par Louis. Ces deux monologues ne sont pas directement adressĂ©s et tendent Ă  rendre compte des motivations intĂ©rieures du personnage. Prologue Au moment oĂč il s’adresse Ă  son auditoire, Louis, qui a longtemps niĂ© l'approche de sa mort, a acceptĂ© l'idĂ©e de l'au-delĂ . Il veut revoir ses proches pour leur annoncer la nouvelle. Il a toujours feint d’ĂȘtre son propre maĂźtre, alors qu’en rĂ©alitĂ©, il ne peut dĂ©cider de rien face Ă  la mort. Le retour de Louis chez ses proches est un retour sur lui-mĂȘme. Le prologue ressemble au chƓur du théùtre antique. PremiĂšre partie Cette partie narre l’arrivĂ©e de Louis, l’accueil embarrassĂ© des siens, les banalitĂ©s d’usage, les premiers sous-entendus lors des retrouvailles, l’évocation du passĂ©, les reproches de moins en moins voilĂ©s sur son absence, l’hostilitĂ© d’Antoine. ScĂšne 1 Louis est isolĂ© de sa famille, il n’embrasse personne. Quand Louis est prĂ©sentĂ© Ă  Catherine, sa mĂšre est choquĂ©e. C’est maintenant qu’elle s’aperçoit des consĂ©quences que le dĂ©part inexplicable de Louis a engendrĂ©es Louis, tu ne connais pas Catherine ? » Catherine reproche Ă  Louis d’avoir boycottĂ© son mariage avec Antoine ; depuis, les occasions ne se sont pas trouvĂ©es ». Suzanne est un peu déçue que Louis ne l’ait pas prĂ©venue de son arrivĂ©e, car elle aurait bien voulu aller le chercher. Elle pense que Louis a achetĂ© une voiture, mais celui-ci est en rĂ©alitĂ© venu en taxi depuis la gare. Elle croit que si Louis est parti pour avoir une vie que ses proches n’ont pas eue, il a dĂ» rĂ©ussir. Antoine et Suzanne se querellent sans qu’on sache pourquoi, les rapports entre Antoine et Suzanne sont hostiles. ScĂšne 2 Les enfants de Catherine sont chez leur grand-mĂšre maternelle. S’ils avaient su que Louis viendrait, ils seraient peut-ĂȘtre venus. Catherine et Antoine auraient voulu que leurs enfants voient leur oncle un autre reproche sur l’absence de Louis. Catherine laisse entendre que les proches de Louis ignoraient s’ils allaient le revoir Nous vous avions, avons envoyĂ© une photographie d’elle [...]. » Louis n’est pas tout Ă  fait sĂ»r du nombre de ses neveux et niĂšces, rĂ©vĂ©lant ainsi sa trĂšs longue absence. Il prĂ©tend s’intĂ©resser Ă  sa famille. Catherine essaie de justifier le fait que son fils soit prĂ©nommĂ© Louis. Antoine s’indigne, et Louis se sent mal. Antoine s’excuse sur un ton rĂ©probateur, mais continue de profĂ©rer des injures. Antoine dit que vous n’en aurez pas [d’enfants]. » Catherine ne cesse de se heurter aux limites du langage logique, ce n’est pas un joli mot pour une chose Ă  l’ordinaire heureuse et solennelle, le baptĂȘme des enfants, bon ». Elle cherche Ă  trouver un sujet de discussion pour crĂ©er de la convivialitĂ©, et Ă©voque dans son monologue par sous entendus la possible homosexualitĂ© de Louis, d’oĂč son incapacitĂ© Ă  avoir ou vouloir un enfant. ScĂšne 3 Suzanne rĂ©sume sa vie oĂč rien ne s’est passĂ©. Elle admoneste Louis Lorsque tu es parti / – je ne me souviens pas de toi – / je ne savais pas que tu partais pour tant de temps [...]. [...] Ce n’est pas bien que tu sois parti, [...]. » Pendant que Louis voyageait, Suzanne ignorait s’il Ă©tait toujours en vie. Elle vacille sans cesse entre le passĂ© et le prĂ©sent. Louis est un Ă©crivain probablement homosexuel, ce qui l’éloigne de sa famille je pensais que ton mĂ©tier Ă©tait d’écrire serait d’écrire ». Suzanne lui reproche d’avoir Ă©crit Ă  beaucoup de personnes sans jamais correspondre avec sa famille, de mĂ©priser les siens, et de leur avoir envoyĂ© des messages superficiels que n’importe qui pouvait lire. À un moment, elle a envie de pleurer, car elle trouve qu’elle a dilapidĂ© sa vie Je voudrais partir mais ce n’est guĂšre possible. » ScĂšne 4 Antoine a hĂąte d’interrompre une conversation que Catherine et sa mĂšre ont Ă  peine entamĂ©e. Il veut attĂ©nuer sa fureur en agressant quiconque a l’air joyeux. Antoine s’indigne quand sa mĂšre mentionne son enfance, qu’il a partagĂ©e avec Louis. Quand il lance une incorrection, sa mĂšre est rancuniĂšre [
] le mĂȘme mauvais caractĂšre, / bornĂ©, / enfant dĂ©jĂ , rien d’autre ! » Les relations entre Antoine et la mĂšre sont tendues. La famille Ă©tait fiĂšre de la voiture qu’elle possĂ©dait malgrĂ© son statut modeste. Le pĂšre Ă©tait apparemment traditionaliste et provincial, il aimait les voitures – peut-ĂȘtre plus que sa femme. Son orgueil Ă©tait nĂ©anmoins mal placĂ©, il n’était pas aventurier, n’avait rien d’étonnant. Symboliquement, la mĂšre raconte la vie de Louis dont la mort est imminente. La famille menait une vie harmonieuse que quelque chose – peut-ĂȘtre le dĂ©part de Louis – a interrompue. La mĂšre aussi a des problĂšmes de communication ; elle hĂ©site entre le prĂ©sent de l’indicatif et celui du subjonctif Avant mĂȘme que nous nous marions, mariions ? » Ses paroles rĂȘveuses trahissent sa tendance Ă  vivre dans le passĂ©, Ă©poque oĂč elle et son mari Ă©taient ancrĂ©s Ă  leurs coutumes. Puis il y eut un changement AprĂšs, ils eurent treize et quatorze ans, / Suzanne Ă©tait petite, ils ne s’aimaient pas beaucoup, ils se chamaillaient toujours, ça mettait leur pĂšre en colĂšre, ce furent les derniĂšres fois et plus rien n’était pareil. » Elle accuse ses fils d’avoir tout gĂąchĂ© en devenant trop grands ». Le retour de Louis l’a Ă©videmment poussĂ©e Ă  ressasser ses souvenirs. Grosso modo, elle verbalise des rĂ©flexions trĂšs banales sur une famille plutĂŽt banale. ScĂšne 5 Cette scĂšne est cruciale, car Louis y justifie son retour. Il craint que ses proches aient cessĂ© de l’aimer. Il pense qu’ils ont renoncĂ© Ă  lui aprĂšs avoir tant cherchĂ© Ă  me garder auprĂšs d’eux ». Louis croit qu’il se sent plus aimĂ© quand les autres font mine de ne pas penser Ă  lui. Il est venu les voir parce que cette absence d’amour fit toujours plus souffrir les autres que moi. » Mais sa famille a fini par l’abandonner elle ne l’aime pas comme un vivant, mais comme un mort. Louis se mĂ©fie du langage je ne sais pas si je pourrai bien la dire ». Il s'agit probablement d'un monologue dans lequel Louis, seul sur scĂšne, s'exprime soit Ă  lui-mĂȘme, soit aux lecteurs/spectateurs. ScĂšne 6 Les relations entre Antoine et Louis sont toujours tendues Il veut toujours que je ne m’intĂ©resse pas, / il a dĂ» vous prĂ©venir contre moi. » Selon Catherine, Antoine est furieux parce qu’il trouve que Louis ne s’intĂ©resse pas Ă  lui. La situation d’Antoine n’est pas mauvaise » il travaille dans une petite usine d’outillage », mais Catherine ignore les dĂ©tails. D’aprĂšs elle, la supposition d’Antoine que Louis ne s’intĂ©resse pas Ă  lui n’est peut-ĂȘtre pas tout Ă  fait fausse. Elle refuse cependant que Louis lui parle des choses importantes, qu’il “est prĂ©fĂ©rable que vous ne me disez rien”. D’aprĂšs elle, “je ne compte pas”, et il ne faut pas que Louis passe par elle pour atteindre Antoine”. ScĂšne 7 Louis et Suzanne ont une brĂšve conversation. Suzanne donne son avis sur cette fille-lĂ  », et Louis s’indigne. ScĂšne 8 La mĂšre tient un long monologue. Elle dit Ă  Louis Ils veulent te parler, / ils ont su que tu revenais et ils ont pensĂ© qu’ils pourraient te parler, / un certain nombre de choses Ă  te dire depuis longtemps et la possibilitĂ© enfin. » Elle rĂ©vĂšle qu’ [i]ls voudront t’expliquer mais ils t’expliqueront mal, / car ils ne te connaissent pas, ou mal. » D’aprĂšs elle, ils craignent que Louis ne leur donne pas le temps nĂ©cessaire pour lui expliquer tout ce qu’ils voudraient. Elle essaie de prĂ©voir la rĂ©action de Louis tu rĂ©pondras Ă  peine deux ou trois mots, / ou tu souriras, la mĂȘme chose [...]. [
] et ce sourire aura aggravĂ© les choses entre vous, / ce sera comme la trace du mĂ©pris, la pire des plaies. » D’aprĂšs la mĂšre, Suzanne sera triste », tandis qu’Antoine sera plus dur encore ». Elle sait que Suzanne veut changer de vie, et qu’Antoine voudrait pouvoir vivre autrement avec sa femme et ses enfants / et ne plus rien devoir [...]. » La mĂšre voit juste [
] la journĂ©e se terminera ainsi comme elle a commencĂ©, / sans nĂ©cessitĂ©, sans importance. » Elle dit Ă  Louis que les autres voudraient qu’il les encourage, qu’il encourage Suzanne Ă  lui rendre visite de temps en temps et qu’il donne Ă  Antoine le sentiment qu’il n’est plus responsable de nous ». Antoine aurait toujours cru ĂȘtre responsable de tous, ce qui est faux. Elle veut que Louis lui donne l’illusion qu’il pourrait Ă  son tour, Ă  son heure, m’abandonner ». À la fin, la mĂšre demande que Louis lui rĂ©vĂšle son Ăąge. ScĂšne 9 Suzanne demande si Louis et Catherine vont continuer Ă  se vouvoyer. Antoine rĂ©torque qu’ils font comme ils veulent, et Suzanne s’indigne. Leur dispute explose sur une trivialitĂ©, mais celle ci est due Ă  l’intĂ©rioritĂ© continue des Ă©motions de ces deux personnages qui ne parviennent pas Ă  exprimer leurs pensĂ©es, c’est la goutte qui fait dĂ©border le vase. Louis ne semble pas remarquer leurs invectives ; il rĂ©pond Ă  Catherine qu’il aimerait bien un peu de cafĂ©. Suzanne et Antoine se fĂąchent davantage et finissent par s’en aller, suivis de Louis et de la mĂšre. ScĂšne 10 Louis essaie de se rassurer. Il espĂšre que sa mort fera disparaĂźtre le monde et que les autres le rejoindront pour lui tenir compagnie. Il fait de son mieux pour rĂ©sister Ă  la mort Je suis un meurtrier et les meurtriers ne meurent pas, / il faudra m’abattre. » Il croit pouvoir dĂ©cider de tout, la mort incluse. Celle-ci l’a obsĂ©dĂ© durant ses pĂ©riples jusqu’à ce qu’un certain Ă  quoi bon » l’encourage Ă  terminer ses dĂ©risoires et vaines escapades ». ScĂšne 11 La conversation entre Louis et Antoine est ponctuĂ©e de mercuriales. Quand Louis essaie de justifier son arrivĂ©e, Antoine rĂ©pond Pourquoi est-ce que tu me racontes ça ? » Louis a trouvĂ© son voyage assez banal. Antoine pense que Louis regrette son voyage et qu’il ignore les raisons de son propre retour. Il l’accuse de ne jamais l’avoir rĂ©ellement connu. Les raisons du retour de Louis ne l’intĂ©ressent pas. Que Louis soit prĂ©sent ou pas, aux yeux d’Antoine, cela ne fait aucune diffĂ©rence. Antoine s’en va, il ne veut plus Ă©couter Louis Les gens qui ne disent jamais rien, on croit juste qu’ils veulent entendre, / mais souvent, tu ne sais pas, / je me taisais pour donner l’exemple. » IntermĂšde ScĂšne 1 Louis se lamente C’est comme la nuit en pleine journĂ©e, on ne voit rien, j’entends juste les bruits, j’écoute, je suis perdu et je ne retrouve personne. » Sa mĂšre ne comprend pas. ScĂšne 2 Suzanne dit Ă  Antoine qu’elle a entendu la dispute entre lui et Louis. Antoine rĂ©pond qu’ils se sont Ă©nervĂ©s et qu’il ne s’était pas attendu Ă  de telles maniĂšres de la part de Louis. ScĂšne 3 Louis a fait un rĂȘve les piĂšces dans la maison de sa mĂšre Ă©taient tellement Ă©loignĂ©es les unes des autres qu’il marchait pendant des heures sans jamais les atteindre, sans rien reconnaĂźtre. ScĂšne 4 Suzanne demande pourquoi Louis ne les a pas visitĂ©s plus souvent et rien de bien tragique non plus, / pas de drames, des trahisons, / cela que je ne comprends pas, / ou ne peux pas comprendre. » Antoine trouve son frĂšre dĂ©sirable et lointain, distant, rien qui se prĂȘte mieux Ă  la situation. Parti et n’ayant jamais Ă©prouvĂ© le besoin ou la simple nĂ©cessitĂ©. » ScĂšne 5 Catherine aussi a entendu la dispute entre Louis et Antoine, et c’est maintenant comme si tout le monde Ă©tait parti / et que nous soyons perdus. » ScĂšne 6 Antoine rassure sa sƓur d’aprĂšs lui, elle n’a jamais Ă©tĂ© malheureuse, c’était plutĂŽt Louis le malheureux. Il prĂ©tend que Suzanne ressemble Ă  Louis et qu’elle voulait ĂȘtre malheureuse parce qu’il Ă©tait loin, / mais ce n’est pas la raison, ce n’est pas une bonne raison, / tu ne peux le rendre responsable, / pas une raison du tout, / c’est juste un arrangement. » ScĂšne 7 La mĂšre dit Ă  Catherine qu’elle les a cherchĂ©s. Quand elle appelle Louis, c’est Suzanne qui rĂ©pond. ScĂšne 8 Suzanne s’indigne parce que soit Antoine, soit Louis – nous ignorons Ă  qui elle s’adresse – ne rĂ©pond jamais Ă  ses appels. Elle rĂ©vĂšle que la famille a essayĂ© plusieurs fois de contacter Louis. Antoine essaie de rassurer sa sƓur en affirmant qu’il n’a jamais Ă©tĂ© loin ou introuvable. Mais Suzanne s’indigne elle prĂ©tend connaĂźtre les petits arrangements » d’Antoine. ScĂšne 9 La mĂšre demande Ă  Louis s’il l’a vraiment entendue Je ne sais pas. / Ce n’est rien, je croyais que tu Ă©tais parti. » Elle craint que Louis ne soit dĂ©jĂ  reparti. DeuxiĂšme partie ScĂšne 1 Dans un soliloque, Louis dĂ©voile qu’il a dĂ©cidĂ© de prendre congĂ© de sa famille sans rĂ©vĂ©ler son secret. Il promet qu’il n’y aura plus tout ce temps / avant que je revienne, / je dis des mensonges [...] ». Il passera peut-ĂȘtre quelques coups de fil, donnera de ses nouvelles, mais c’était juste la derniĂšre fois, / ce que je me dis sans le laisser voir ». Antoine [
] dit plusieurs fois qu’il ne veut en aucun cas me presser, / qu’il ne souhaite pas que je parte, [
] mais qu’il est l’heure du dĂ©part, / et bien que tout cela soit vrai, / il semble vouloir me faire dĂ©guerpir, c’est l’image qu’il donne, [...]. » ScĂšne 2 Antoine propose d’accompagner Louis, mais Suzanne prĂ©fĂšre que Louis reste pour dĂźner. Louis prĂ©fĂšre repartir le lendemain, ce qui est ironique puisqu'il dit Mieux encore, je dors ici, je passe la nuit, je ne pars que demain, / mieux encore, je dĂ©jeune Ă  la maison, / mieux encore je ne travaille plus jamais, / je renonce Ă  tout, / j'Ă©pouse ma sƓur, nous vivons trĂšs heureux. » Il est sous-entendu qu'ils se prennent la tĂȘte pour un rien, mais surtout que Louis veut repartir le soir-mĂȘme. Antoine s’offusque des propositions de Suzanne, il ne veut pas changer de plan. Quand Suzanne lui dit qu’il est dĂ©sagrĂ©able, il s’indigne. D’aprĂšs Catherine, Suzanne voulait juste remarquer qu’Antoine est parfois un peu brutal », ce qui aggrave la colĂšre d’Antoine et le pousse Ă  devenir violent envers Louis avec la rĂ©plique Tu me touches je te tue », alors qu'il essayait simplement de le calmer. Il proclame qu’il ne voulait rien de mal, qu’on ne peut pas toujours avoir raison contre lui, et que la rĂ©action des autres est fort injuste. Catherine prĂ©fĂšre qu’Antoine s’en aille avec Louis, ce Ă  quoi Louis acquiesce. Antoine dĂ©clare qu’il est dĂ©solĂ© et fatiguĂ© sans savoir pourquoi. Il ne voulait pas ĂȘtre mĂ©chant, ni brutal, il n’a jamais Ă©tĂ© ainsi. Il se souvient que lui et Louis se battaient sans cesse Ă©tant petits. Antoine sortait toujours vainqueur, parce que je suis plus fort, parce que j’étais plus costaud que lui », ou alors parce que celui-lĂ  se laissait battre ». Il tance les autres pour avoir fait front contre lui et morigĂšne Suzanne qui, selon lui, aurait toujours pris le parti de Louis. ScĂšne 3 Antoine tient un monologue. Ses paroles Tu dis qu’on ne t’aime pas, / je t’entends dire ça, toujours je t’ai entendu, [
] » sont probablement adressĂ©es Ă  son frĂšre. Il ajoute que tu ne manquais de rien et tu ne subissais rien de ce qu’on appelle le malheur. » Il admet cependant que nous n’étions pas bons avec toi, / et nous te faisions du mal. / Tu me persuadais, / j’étais convaincu que tu manquais d’amour. » Enfant, Antoine souffrait pour son frĂšre cette peur que j’avais que personne ne t’aime jamais, / cette peur me rendait malheureux Ă  mon tour, / comme toujours les plus jeunes frĂšres se croient obligĂ©s de l’ĂȘtre par imitation et inquiĂ©tude, [
]. » La famille pensait en effet qu’elle n’aimait pas assez Louis. Épilogue Louis est mort AprĂšs, ce que je fais, / je pars. / Je ne reviens plus jamais. Je meurs quelques mois plus tard, / une annĂ©e tout au plus. » Il mentionne son sĂ©jour dans le Sud de la France Ă©garĂ© dans les montagnes durant une promenade nocturne, il dĂ©cida de suivre une voie ferrĂ©e. ArrivĂ© devant l’entrĂ©e d’un immense viaduc qui dominait une vallĂ©e, il Ă©prouva un farouche besoin de pousser un grand et beau cri, / un long et joyeux cri qui rĂ©sonnerait dans toute la vallĂ©e, [
]. » Mais il se tut. Il clĂŽt en dĂ©clarant Je me remets en route avec seul le bruit de mes pas sur le gravier. / Ce sont des oublis comme celui-lĂ  que je regretterai. » Éditions Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, Besançon, Les Solitaires intempestifs, coll. Bleue », 2000, 77 p. ISBN 2-912464-88-9 Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, Paris, Flammarion, coll. Étonnants classiques », 2020, 218 p. ISBN 978-2-0815-1844-5 Jean-Luc Lagarce prĂ©f. Jean-Pierre Sarrazac, Juste la fin du monde, Besançon, Les Solitaires intempestifs, coll. Classiques contemporains », 2020, 155 p. ISBN 978-2-84681-612-0 Adaptations Au théùtre La piĂšce de théùtre a Ă©tĂ© adaptĂ©e dans une mise en scĂšne de François Berreur en 2007[5], avec la distribution suivante DaniĂšle Lebrun, Elizabeth Mazev, Clotilde Mollet, HervĂ© Pierre, Bruno Wolkowitch, et dont les rĂ©pĂ©titions ont fait l'objet d'une vidĂ©o du rĂ©alisateur JoĂ«l Curtz[6]. La piĂšce entre au rĂ©pertoire de la ComĂ©die-Française en mars 2008, avec la mise en scĂšne de Michel Raskine rĂ©compensĂ©e par le MoliĂšre du meilleur spectacle, et donne lieu Ă  de nouvelles reprĂ©sentations lors de la saison 2009-2010 reprise. Samuel Theis met lui aussi en scĂšne Juste la fin du monde en 2011. Le spectacle remporte les prix SACD et Théùtre 13 Jeunes metteurs en scĂšnes. En 2018, la piĂšce a Ă©galement Ă©tĂ© mise en scĂšne par Julien Tanguy, avec la distribution suivante Adrien Le Merlus, Johanne Lutrot, Clara Le Lay, Coline Marquet et Aymone Clavier. La premiĂšre reprĂ©sentation a eu lieu le 5 dĂ©cembre 2018 Ă  l'amphithéùtre Michel Le Corno Vannes, produite par la Compagnie Catharsis. En 2020, FĂ©licitĂ© Chaton, assistĂ©e de Suzie Baret-Fabry l'ont mise en scĂšne, avec la collaboration artistique d'AngĂšle Peyrade. La distribution a donnĂ© ceci Florent Cheippe pour Louis, AngĂšle Peyrade pour Suzanne, Xavier Broussard pour Antoine, Aurelia Anto pour Catherine et CĂ©cile PĂ©ricorne pour la mĂšre. La mise en scĂšne a lieu au théùtre L'Ă©changeur Ă  Bagnolet. Au cinĂ©ma Olivier Ducastel et Jacques Martineau adaptent la piĂšce en 2008 dans un film avec la distribution de la ComĂ©die-Française Pierre Louis-Calixte Louis, Catherine Ferran Martine, la mĂšre, Elsa Lepoivre Catherine, la femme d'Antoine, Julie Sicard Suzanne, Laurent Stocker Antoine. Xavier Dolan adapte la piĂšce au cinĂ©ma dans le film franco-canadien Juste la fin du monde, sorti le 21 septembre 2016 en France et au QuĂ©bec avec la distribution suivante Gaspard Ulliel Louis, Nathalie Baye Martine, la mĂšre, LĂ©a Seydoux Suzanne, Vincent Cassel Antoine et Marion Cotillard Catherine, la femme d'Antoine. Notes et rĂ©fĂ©rences ↑ Juste la fin du monde » version du 24 mars 2016 sur l'Internet Archive, sur ↑ Avec "Juste la fin du monde", Luca Ronconi consacre Lagarce Ă  Milan », Le 2 avril 2009 lire en ligne, consultĂ© le 22 janvier 2022 ↑ BNF AgrĂ©gation de lettres modernes 2012 Bibliographie des ouvrages disponibles en libre-accĂšs [1] ↑ Jean-Pierre Sarrazac, PrĂ©face Ă  l'Ă©dition 2012 ↑ Juste la fin du monde, mise en scĂšne François Berreur 2007 » version du 21 janvier 2008 sur l'Internet Archive, sur ↑ Association Quelques Ă©claircies » autour des rĂ©pĂ©titions - Juste la fin du monde - Jean-Luc Lagarce, - mise en scĂšne François Berreur, - », sur consultĂ© le 22 janvier 2022 Voir aussi Bibliographie Catherine Brun, Jean-Luc Lagarce et la poĂ©tique du dĂ©tour l'exemple de Juste la fin du monde », Revue d'Histoire littĂ©raire de la France, vol. 109,‎ 2009, p. 183-196 lire en ligne Anne Loncan, Cinq personnages en quĂȘte d’auteur », Le Divan Familial, no 47,‎ 2021, p. 35-48 lire en ligne BĂŒlent Caglakpinar, Dialogue des deux frĂšres une tension historique dans Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce », Studii si Cercetari Filolgice, vol. 1,‎ 2015, p. 29-38 Pascal LĂ©croart dir. et Alexis Leprince dir., Juste la fin du monde, de Lagarce Ă  Dolan, SkĂ©n&graphie, 2018 lire en ligne GeneviĂšve Salvan, Juste la fin du monde. L'excĂšs juste, ou l'hyperbole exagĂšre-t-elle toujours? », Revue Travel,‎ 2014 lire en ligne Catherine Douzou dir., Lectures de Lagarce Derniers remords avant l'oubli, Juste la fin du monde, Presses Universitaires de Rennes, 2011 Liens externes Jean-Pierre Ryngaert Juste la fin du monde – Dire avec une infinie prĂ©cision, article publiĂ© sur CRDP de Franche-ComtĂ©, dossier pĂ©dagogique [2] Les Archives du Spectacle Jean-Luc Lagarce PiĂšces Erreur de construction 1977 Carthage, encore 1978 La Place de l'autre 1979 Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale 1980 Ici ou ailleurs 1981 Les Serviteurs 1981 Noce 1982 La bonne de chez Ducatel 1977 Vagues souvenirs de l'annĂ©e de la peste 1982 Hollywood 1983 Histoire d'amour repĂ©rages 1983 Retour Ă  la citadelle 1984 Les Orphelins 1984 De Saxe, roman 1985 La Photographie 1986 Derniers remords avant l'oubli 1987 Music-hall 1988 Les PrĂ©tendants 1989 Juste la fin du monde 1990 Histoire d'amour derniers chapitres 1990 Les RĂšgles du savoir-vivre dans la sociĂ©tĂ© moderne 1994 Nous, les hĂ©ros 1993 Nous, les hĂ©ros version sans le pĂšre 1993 J'Ă©tais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne 1994 Le Pays lointain 1995 Proses Le Bain 1993 L'Apprentissage 1993 Du luxe et de l'impuissance 1993 Le voyage Ă  la Haye 1994 Les crises dĂ©passent-elles la parole dans Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce ? Introduction Le théùtre classique nous avait habituĂ©s Ă  des rĂ©pliques ciselĂ©es, des arguments dĂ©jĂ  longuement mĂ»ris, une pensĂ©e qui se conçoit bien et s’énonce clairement, des alexandrins Ă©quilibrĂ©s
 Et voilĂ  qu’on dĂ©couvre chez Jean-Luc Lagarce des vers libres trĂšs longs ou trĂšs courts, des personnages qui hĂ©sitent, qui se reprennent et se corrigent sans cesse Je suis fascinĂ© par la maniĂšre dont, dans la vie, les conversations, les gens — et moi en particulier — essaient de prĂ©ciser leur pensĂ©e Ă  travers mille tĂątonnements
 Au-delĂ  du raisonnable. Jean-Luc Lagarce, Entretien pour Lucien Attoun, Vivre le théùtre et sa vie », 16 juin 1995. Ces tĂątonnements, c’est la fameuse figure de l’épanorthose reformuler pour mieux dire. Mais Lagarce prĂ©cise bien “au-delĂ  du raisonnable”, comme s’il ne s’agissait pas tant de mieux dire, que d’insister sur une parole insuffisante, des doutes, des silences, qui dĂ©passent la parole elle-mĂȘme, pour rĂ©vĂ©ler des crises. Dans quelle mesure la parole permet-elle d’exprimer les crises qui hantent cette piĂšce de Jean-Luc Lagarce ? > Pour vous aider Ă  suivre le raisonnement Ă©tape par Ă©tape, je vais annoncer mes grandes parties au fur et Ă  mesure
 > Et pour retrouver toutes mes vidĂ©os et documents sur cette Ɠuvre, rendez-vous sur mon site www . mediaclasse . fr PremiĂšre partie Les mots des crises D’abord, les crises passent Ă  travers des mot prĂ©cis, choisis avec soin. On recherche celui qui sera le mieux adaptĂ© Ă  la situation. Quand Antoine reproche Ă  sa femme d’ennuyer son frĂšre en parlant de ses enfants, Louis rĂ©pond Ce n’est pas mĂ©chant, c’est 
 dĂ©plaisant. Partie 1, scĂšne 2, Et en effet, Antoine doit sans cesse se dĂ©battre avec les Ă©tiquettes et notamment les adjectifs qualificatifs qui lui collent Ă  la peau dĂ©plaisant 
 brutal 
 dĂ©sagrĂ©able » ANTOINE. — Je ne suis pas un homme brutal, ce n’est pas vrai, c’est vous qui imaginez cela, [...] je ne le suis pas et ne l’ai jamais Ă©tĂ©. Partie 2, scĂšne 2, C’est d’ailleurs le cas de chaque personnage, qui sont tous bien plus complexes et ambivalents que ne le laissent entendre ces Ă©tiquettes. Pour creuser la question, j’analyse chaque personnage, dans une vidĂ©o spĂ©ciale, sur mon site. Mais une Ă©tiquette plus fatale encore que l’adjectif qualificatif, c’est le nom propre
 Comme l’explique Catherine, Louis » c’est avant tout le prĂ©nom de votre pĂšre ». D’une maniĂšre implicite, comme dans une dynastie, les responsabilitĂ©s du pĂšre sont transmises au fils aĂźnĂ©. Le nom propre porte la fatalitĂ© du drame familial. Une autre chose qui donne du poids aux paroles la confidence. Quand le mot est adressĂ© en privĂ©, quand il n’est pas laissĂ©, comme le dit Suzanne Ă  tous les regards », il prend naturellement plus d’importance. Chaque membre de la famille aura quelque chose Ă  dire Ă  Louis, seul Ă  seul. SUZANNE. — Nous Ă©prouvons les uns et les autres, ici, tu le sais, [...] une certaine forme d'admiration, c'est le terme exact, une certaine forme d'admiration pour toi. Partie 1, scĂšne 2, Que cache ce mot admiration » ? Est-ce que c’est vraiment le terme exact ? Est-ce que derriĂšre, il n’y a pas le dĂ©sir de faire la mĂȘme chose, mais sans oser le faire, une certaine jalousie, une certaine amertume, et donc, une manifestation de la crise familiale ? Les mots de la mĂšre jouent un rĂŽle important dans la crise familiale. D’abord, ce sont les mots du passĂ© le dimanche, on allait se promener » qui ne sont en fait que des reproches. LA MÈRE. — Ils ne voulurent plus venir avec nous, ils allaient chacun de leur cĂŽtĂ© faire de la bicyclette, chacun pour soi, et nous seulement avec Suzanne, cela ne valait plus la peine. ANTOINE. — C'est notre faute. SUZANNE — Ou la mienne. Partie 1, scĂšne 4, Mais plus souvent encore, les mots de la mĂšre sont associĂ©s au futur, un futur prophĂ©tique qui prĂ©pare les crises, qui les rend pratiquement inĂ©vitables LA MÈRE. — Ils veulent te parler, tout ça 
 ils voudront t’expliquer mais ils t’expliqueront mal 
 ils seront brutaux. Partie 1, scĂšne 8, Exactement comme la Pythie antique, qui utilise des mots, mais sans rĂ©ellement se rendre compte de leur rĂ©elle portĂ©e. Au point que la prophĂ©tie amĂšne sa propre rĂ©alisation. Et enfin, mĂȘme lorsque les personnages gardent le silence, c’est pour souligner le poids des mots. Antoine se tait pour donner l’exemple », Suzanne se dit proportionnellement silencieuse » comme pour conjurer le danger des mots. Les mots ont leur importance, mais on le voit dĂ©jĂ , ils ne sont jamais suffisants tout seuls nom propre, Ă©tiquette dĂ©finitoire, confidence, prophĂ©tie, invitation au silence
 Ils testent sans cesse les limites du langage. DeuxiĂšme partie Les crises au-delĂ  des mots Les paroles cachent souvent une attitude, un geste, plus rĂ©vĂ©lateurs que le mot lui-mĂȘme. Comme si Lagarce confiait les didascalies aux personnages
 Suzanne s’étonne quand Louis serre la main de Catherine, Antoine compare sa sƓur Ă  un Ă©pagneul, etc. Ces gestes qui ont un sens cachĂ©, aident Ă  comprendre la premiĂšre scĂšne de la piĂšce je vous en propose une explication linĂ©aire en vidĂ©o, sur mon site. Les gestes semblent mĂȘme jouer un rĂŽle clĂ© dans le destin fatal des personnages. Au moment du dĂ©part de Louis, La MĂšre lui caresse la joue, comme pour confirmer la rĂ©alisation de ses prophĂ©ties LOUIS. — Elle, elle me caresse une seule fois la joue, doucement, comme pour m'expliquer qu'elle me pardonne je ne sais quels crimes, et ces crimes que je ne me connais pas, je les regrette. Partie 2, scĂšne 1, Quoi qu’il arrive, La MĂšre pardonne d’avance son fils avec cette expression il a toujours fait ce qu’il avait Ă  faire »  Étrange tournure oĂč le pronom relatif ce que » renvoie automatiquement, en dehors de la chaĂźne parlĂ©e, Ă  n’importe quelle action. Logique tautologique qui se prouve elle-mĂȘme, oĂč les actes dĂ©finissent les devoirs Ă  l’avance. De façon plus subtile, le ton de la voix est plus Ă©vocateur que les mots eux-mĂȘmes. Par exemple, pendant l’intermĂšde, la dispute entre les deux frĂšres a remis en cause tous les Ă©quilibres
 pas besoin de savoir exactement son contenu CATHERINE. — Vous vous disputiez, [...] on entendait Antoine s'Ă©nerver et c'est maintenant comme si tout le monde Ă©tait parti et que nous soyons perdus. IntermĂšde, scĂšne 5, Parfois mĂȘme, il suffit de rĂ©pĂ©ter des mots vides de sens, en changeant lĂ©gĂšrement le ton, pour exprimer un dĂ©saccord, pour dĂ©clencher la crise LOUIS. — Oui, je veux bien, un peu de cafĂ©, je veux bien. ANTOINE. — Je veux bien, un peu de cafĂ©, je veux bien. » CATHERINE. — Antoine ! Partie 1, scĂšne 9, C’est mĂȘme le chant qui permet Ă  Louis de s’avouer une chose grave — sa crainte excessive des liens affectifs LOUIS. — Je me le chantonne pour entendre juste le son de ma voix la pire des choses serait que je sois amoureux. IntermĂšde, Souvent mĂȘme, pas besoin des mots, il suffit d’entrer dans un rĂŽle. Louis est tour Ă  tour messager, voyageur, hĂ©ros tragique
 DĂšs que possible, il se donne le beau rĂŽle ANTOINE. — Lorsqu'on Ă©tait plus jeunes, [...] on se battait toujours et [...] celui-lĂ  [...] se laissait battre, perdait en faisant exprĂšs et se donnait le beau rĂŽle. Partie 2, scĂšne 2, La derniĂšre scĂšne de la piĂšce, qui vient juste aprĂšs, permet justement Ă  Antoine de mieux dĂ©noncer les supercheries de Louis. Pour aller plus loin, je vous en propose une explication linĂ©aire dans une vidĂ©o spĂ©ciale, sur mon site. Louis le dit lui-mĂȘme c’est en rĂ©alitĂ© une maniĂšre d’accuser son frĂšre sans avoir besoin d’utiliser la parole. LOUIS. — Il semble vouloir me faire dĂ©guerpir, c'est l'image qu'il donne, c'est l'idĂ©e que j'emporte. Il ne me retient pas, et sans le lui dire, j'ose l'en accuser. Partie 2, scĂšne 1, Ce que fait Louis, c’est qu’il utilise une expression toute faite, qui vient justement jouer sur les limites du mot agrĂ©able » . Et Antoine tombe dans le piĂšge LOUIS. — Cela joint l'utile Ă  l'agrĂ©able. ANTOINE. — C'est cela, voilĂ , exactement, comment est-ce qu'on dit ? d'une pierre deux coups ». Partie 2, scĂšne 2, Dans la bouche d’Antoine, cette pierre Ă©voque bien l’arme d’un crime, ce qui dĂ©clenche la rĂ©action de Suzanne SUZANNE — Ce que tu peux ĂȘtre dĂ©sagrĂ©able, [...] tu vois comme tu lui parles, tu es dĂ©sagrĂ©able, ce n'est pas imaginable. Partie 2, scĂšne 2, Les paroles renvoient Ă  des expressions toutes faites, ou Ă  d’autres textes, qui dĂ©teignent sur les mots eux-mĂȘmes. Louis ne peut pas se dire Ă©tranger » sans faire surgir en nous le HĂ©ros tragique de Camus, Meursault, condamnĂ© Ă  mort pour n’avoir pas pleurĂ© Ă  l’enterrement de sa mĂšre. LOUIS. — Je pense du mal. Je n'aime personne, je ne vous ai jamais aimĂ©s, c'Ă©tait des mensonges, [...] Je dĂ©cide de tout, la Mort aussi, elle est ma dĂ©cision Je suis un Ă©tranger. Je me protĂšge. Partie 1, scĂšne 10, Ces rĂ©fĂ©rences Ă  la littĂ©rature de l’absurde, Ă  Camus et Beckett, mais aussi Ă  la Bible, Ă  CaĂŻn et Abel, au fils prodigue, tout cet intertexte laisse planer les menaces d’un dieu invisible, silencieux, ou sur le point de mourir. Au-delĂ  des paroles et au-delĂ  des mots, tous les moyens du théùtre sont mis en Ɠuvre, comme si le théùtre lui-mĂȘme devenait insuffisant pour ces crises, comme s’il Ă©tait lui-mĂȘme en crise. TroisiĂšme partie La parole théùtrale en crise D’abord, les mots ne cessent de lutter contre eux-mĂȘmes, de se dĂ©noncer eux-mĂȘmes. C’est le cas dans la prĂ©tĂ©rition par exemple dire une chose en affirmant qu’on ne la dit pas CATHERINE. — Ce n’est pas un reproche, [...] je ne voudrais pas avoir l’air de vous faire un mauvais procĂšs. Partie 1, scĂšne 6, Avec cette prĂ©tĂ©rition, Catherine tente de dĂ©samorcer d’avance l’interprĂ©tation qu’on pourrait faire de ses paroles. L’épanorthose reprĂ©sente exactement cette crise de la parole qui se combat elle-mĂȘme, oĂč chaque mot ajoutĂ© tente d’effacer les mots dĂ©jĂ  prononcĂ©s. On le voit par exemple dans le prologue avec la persistance du verbe annoncer ». LOUIS. — Pour annoncer, dire, seulement dire, ma mort prochaine et irrĂ©mĂ©diable, l'annoncer moi-mĂȘme, en ĂȘtre l'unique messager, Prologue, Ce prologue donne des clĂ©s de comprĂ©hension de toute la piĂšce, notamment parce qu’il rĂ©vĂšle la dimension symbolique du personnage de Louis. Pour bien en comprendre tous les tenants et aboutissants, je dĂ©veloppe cette analyse dans une vidĂ©o d’explication linĂ©aire, spĂ©cialement sur le prologue. Et si le théùtre Ă©tait lui-mĂȘme un personnage en crise, un personnage sur le point de mourir ? C’est ce que suggĂšre Lagarce lui-mĂȘme Il s’agit de refuser la convention et de fait, l’utilisation du théùtre comme simple divertissement [...]. Il s’agit [...] que le théùtre aille Ă  sa perte c’est lĂ  le seul théùtre possible. Jean-Luc Lagarce, Théùtre et pouvoir en occident, 1980-2011. Alors, Louis pourrait reprĂ©senter symboliquement ce personnage tragique qui nous inspire aujourd’hui un mĂ©lange de fascination et de mĂ©fiance. C’est la supercherie qu’Antoine tente de dĂ©masquer ANTOINE. — Tu es pris Ă  ce rĂŽle — [...] que tu as toujours eu de tricher, de te protĂ©ger et de fuir. [...] C'est ta maniĂšre Ă  toi, ton allure, le malheur sur le visage. Partie 2, scĂšne 3, Et voilĂ  pourquoi Antoine et Suzanne se mĂ©fient des histoires, de ceux qui Ă©noncent bien le personnage de théùtre, par son pouvoir de sĂ©duction, par ce jeu qui dĂ©passe les paroles, est un personnage dangereux. ANTOINE. — Je te vois assez bien, tu vas me raconter des histoires. [...] Tu sais bien faire, c'est une mĂ©thode, c'est juste une technique pour noyer et tuer les animaux. Partie 1, scĂšne 11, D’une certaine maniĂšre, ce sont des avertissements au spectateur lui-mĂȘme. Ce qui donne du poids aux paroles, au-delĂ  des mots employĂ©s et des gestes, c’est la double Ă©nonciation, propre au théùtre chaque rĂ©plique est aussi, indirectement, adressĂ©e au spectateur. ANTOINE. — J’ai fini, je ne dirai plus rien. Seuls les imbĂ©ciles, ou ceux-lĂ , saisis par la peur, auraient pu en rire. Partie 2, scĂšne 3, Dans cet exemple, Antoine semble presque faire un signe Ă  la salle en mĂȘme temps qu’il rĂ©pond Ă  Louis. Ironiquement, il nous fait remarquer que nous sommes saisis de terreur et de pitiĂ©, nous sommes dupes de l’illusion tragique
 À d’autres moments, les personnages eux-mĂȘmes renforcent la prĂ©sence des spectateurs sur scĂšne. Par exemple, dans la scĂšne finale, la MĂšre, Suzanne et Catherine, sont prĂ©sentes mais ne disent rien LA MÈRE. — Nous ne bougeons presque plus, nous sommes toutes les trois, comme absentes, on les regarde, on se tait. Partie 2, scĂšne 3, Et la piĂšce se termine, non pas vraiment par des paroles, mais par l’évocation d’un cri, qui n’a pas Ă©tĂ© poussĂ© LOUIS. — Ce que je pense [...] c'est que je devrais pousser un grand et beau cri, [...] que c'est ce bonheur-lĂ  que je devrais m'offrir, hurler une bonne fois, mais je ne le fais pas, je ne l'ai pas fait. Épilogue, Cet Épilogue Ă©claire rĂ©trospectivement la piĂšce, et nous aide Ă  mieux comprendre le personnage de Louis. Je vous en propose une explication linĂ©aire en vidĂ©o, sur mon site. Ce cri qui n’a pas Ă©tĂ© poussĂ©, nous laisse penser que les crises n’ont pas Ă©tĂ© rĂ©solues Louis va mourir avec son cri sur le cƓur, et les autres membres de la famille vont certainement vivre avec cette culpabilitĂ© de n’avoir pas su l’écouter. Mais ce cri qui n’a pas Ă©tĂ© poussĂ©, a bel et bien Ă©tĂ© entendu par les spectateurs, ce qui laisse penser que peut-ĂȘtre ces crises, grĂące au théùtre, auront peut-ĂȘtre Ă©tĂ© rĂ©solues, en dehors du théùtre, quand ça ? HĂ© bien en ce moment mĂȘme, lorsque nous dĂ©battons du sens de cette piĂšce, lorsque nous prenons conscience des cris que nous avons besoin de pousser, nous aussi, pour surmonter nos crises. Conclusion Dans Juste la fin du Monde, la parole est fondatrice, c'est elle qui provoque les crises. Les mots ont leur poids, ils sont choisis avec soin. Ils deviennent des Ă©tiquettes, ou pire encore, des noms propres ou des prophĂ©ties. Mais ces mots ont un tel poids aussi parce qu'ils cachent des actes. Ils servent d'excuse Ă  des absences, ils sont remplacĂ©s par des gestes ou par une simple intonation. Au théùtre, la parole dĂ©pend d’un rĂŽle. Et voilĂ  pourquoi les diffĂ©rentes crises que rencontrent les personnages sont peut-ĂȘtre en dĂ©finitive une maniĂšre d'interroger le théùtre lui-mĂȘme
 Et si l'ancien rĂŽle de la tragĂ©die, qui Ă©tait de commenter et de juger les affaires de la citĂ©, Ă©tait utilisĂ© aujourd'hui pour juger le théùtre lui-mĂȘme, sa capacitĂ© Ă  apaiser nos propres crises existentielles, individuelles et collectives ? [...] Soutenez le site et accĂ©dez au contenu complet. ⇹ Lagarce, Juste la fin du monde đŸŽžïž Les enjeux de la parole diaporama ⇹ Lagarce, Juste la fin du monde 🧠 Dissertation sur les enjeux de la parole ⇹ Lagarce, Juste la fin du Monde 🎧 Les enjeux de la parole dissertation-thĂ©matique

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